J’ai suivi tes traces de mains dans la neige. J’imagine que tu ne t’habitues pas encore au fait que tu n’as plus de jambe. Hier, je regardais les photos du temps où tout était encore là, tu sais de quoi je parle. Le temps passe si vite. J’imagine que je ne te rejoindrai jamais, qu’il y a longtemps que tu es parti. Tu m’avais dit, souviens-toi, « Si un jour, plus rien ne marche dans ma vie, je la quitterai! » À cette époque, je ne me souviens plus pourquoi, je croyais que tu parlais de ton couple, de ton boulot, de ta vie en général, pas le fait que tu ne marcherais plus. J’ai quand même pris mes jambes à mon coup, désolé du jeu de mots, mais j’ai tenté de te retrouver, puis à un certain moment, les pas ont disparus, comme si là, sur le bord du lac pas encore tout à fait gelé, tu t’étais envolé, comme volatilisé, probablement qu’en ange tu t’es transformé. Tu croyais tellement à Dieu, à cet être grandiose, tu tentais de me convaincre même si tu savais que je ne voulais rien savoir, mais là, je dois avouer que j’ai un doute, devant le fait accompli, devant ce miracle… J’imagine que c’est plus facile de s’envoler avec un poids en moins. Où es-tu allé? Pour moi c’est un peu difficile de te suivre, tu comprendras, je n’ai comme pas les mêmes connaissances que toi, peut-être que j’aurais dû finalement. Il parait qu’il n’est jamais trop tard! Je sais, tu disais le contraire quand t’as eu l’accident et que dans ta voiture, tu savais que tu aurais pu t’arrêter avant, en fait t’aurais du t’arrêter avant, je ne sais pas si c’est la vitesse ou l’alcool qui ont fait en sorte que tu pensais plus lentement, quoi que tu te rappelles, les gens disaient toujours que t’étais pas vite vite, t’as encore voulu prouver le contraire. Je voulais juste te rejoindre, j’aurais aimé te dire que j’étais là pour toi, pour t’aider, même si je ne me suis pas trop occupé de toi, tu sais, j’étais vraiment occupé avec ma blonde, je sais que je donne plus de nouvelles bien bien, mais quand t’as raccroché et que tu m’as dit que tu m’aimais bien, je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’étrange, que ce n’était pas dans tes habitudes de m’appeler pour me dire juste ça, surtout qu’on ne c’était pas reparler, le soir où tu es parti de chez moi, le soir de l’accident, après que Geneviève t’ait quitté pour Bob. Tu me l’avais dit pourtant que ce n’était pas une bonne idée que les deux aillent dans le sud ensemble, parce que toi tu ne pouvais pas parce que t’avais pas d’argent et que j’ai suggéré Bob à ta blonde qui ne voulait pas partir toute seule. Tsé, Bob, c’est un bon gars, tout le monde l’aime, il a de bonnes valeurs , il a une bonne job, il est célibataire depuis toujours, donc il n’a jamais trompé aucune de ses blondes. Je ne pensais pas que ta copine l’aimerait, c’est mon erreur, tu ne pouvais pas m’en vouloir pour ça, tu ne pouvais pas me mettre tes jambes sur le dos, tu sais que ce n’est pas moi qui ai bu et qui ai conduit après, tu sais bien que je ne bois pas! En tout cas, c’est pour ça je suis parti à ta recherche je vais retourner bredouille à la maison, en fin presque bredouille, j’ai trouvé ta casquette qui flottait sur l’eau.
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